Monlam Chenmo Teaching, 2021 Nepal

Gosok Rinpoche Monlam Chenmo Teaching 2021/02/23-26

French Translation by Françoise Wang.

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      Premier jour

      Enseignement de Son Éminence Djangtsé Tcheudjé, Kyabje Gosok Rinpoche à l’occasion du premier jour de la célébration du Monlam au monastère de Phuntsok Tcheuling au Népal.

      Le Maître indien Aryadeva a dit dans Les Quatre centaines :

      Alors que cet océan de souffrances
      Ne connaît aucune limite,
      Toi être puéril, comment n’as-tu pas peur
      De t’y noyer ? 

      Depuis des temps sans commencement et jusqu’à maintenant, nous reprenons naissance à l’intérieur de ce vaste océan de souffrances qu’est le cycle des existences, le samsara. Dans cet océan qui ne connaît pas de limite, nous sommes affligés par la souffrance. Endurant toutes sortes de souffrances, celles des voies d’existences infortunées, et celles des existences fortunées, nous n’arrivons pas à nous extirper, à nous libérer de cet océan. Ne pas avoir peur de ces souffrances qui nous attendent encore et encore, et ne rien faire pour y échapper, est insensé.

      Tout au long de vies en nombre infini, depuis des temps sans commencement nous avons erré dans le samsara en endurant les souffrances insondables des voies d’existences infortunées. Mais aujourd’hui, grâce à la bénédiction des Maîtres et des Buddhas et grâce aux mérites que nous avons accumulés auparavant, nous avons obtenu une renaissance humaine disponible et qualifiée. Un tel support est difficile à obtenir mais il a des potentialités considérables. Il permet notamment de réaliser l’état d’Omniscience, c’est-à-dire l’état de Buddha.

      Nous sommes comme à un croisement avec la possibilité de choisir une voie qui nous permettra de nous extirper de cet océan, d’obtenir la libération, de réaliser l’état de Buddha. C’est là une opportunité exceptionnelle dont il importe de tirer parti. Mais par la force de l’habitude de l’obscuration des agitations mentales telles que les trois poisons, nous continuons à nous comporter de façon erronée. Les agitations mentales nous imprègnent si profondément qu’elles continuent à nous pousser vers un chemin qui n’est pas le bon : celui qui consiste à rechercher uniquement du bonheur dans la vie présente, celui qui consiste à éliminer uniquement les souffrances de la vie présente. Depuis des temps sans commencement nous nous trompons complètement. Entièrement focalisés sur les petits objectifs de la vie présente, nous ne voyons pas qu’il n’y a pas le moindre bonheur véritable à l’intérieur du samsara. Ce que nous prenons pour du bien-être n’est rien d’autre que l’une des trois formes de souffrance : la souffrance du changement.

      La souffrance de la souffrance apparaît de façon plus évidente et tous les êtres aspirent à en être libérés, même les animaux, nous le voyons bien. Mais la souffrance du changement nous distrait et nous trompe. Ne voyant pas sa véritable nature, nous la concevons comme du bonheur et la recherchons.

      De ce fait, bien que nous aspirions au bonheur, nous souffrons. Nous sommes ainsi plongés dans la souffrance à cause de nos actes : nous n’agissons qu’en vue des bien êtres de ce monde, qui ne sont pas de vrais bonheurs, mais simplement la souffrance du changement, et nous n’accomplissons pas d’activités qui puissent être des causes de véritable bonheur. En fait, bien que nous disposions d’une renaissance humaine disponible et qualifiée, nous ne nous appliquons pas à l’obtention de la libération et à la réalisation de l’Omniscience d’un Buddha. Nous nous égarons et ne faisons aucun effort pour nous libérer de cet océan de souffrances qu’est le samsara.

      Aujourd’hui, alors que nous disposons d’une renaissance humaine disponible et qualifiée, il est important de ne pas continuer à nous comporter ainsi, et de tirer parti de cette opportunité. En tirer parti signifie mettre en pratique l’Enseignement du Buddha qui a pour base les Quatre Vérités des Nobles, cela veut dire s’appliquer à développer ce qui est positif et rejeter ou éliminer ce qui est négatif. On s’engagera ainsi dans la pratique en s’appuyant sur la Loi de la causalité qui lie l’obtention de bonheurs à l’accomplissement d’actes bons et l’accablement de la souffrance au fait de commettre des actes négatifs. C’est conformément à cet enseignement que le Buddha a enseigné de façon très précise et qui mène à la libération et à la réalisation de l’état de Buddha que nous devrions pratiquer.

      À l’occasion des célébrations du Monlam tchènmo (ou Grande Prière) il est de tradition de lire La Guirlande des vies antérieures (Jataka mala) d’Aryasura. La raison en est que ces récits rapportent les actes extraordinaires qui furent accomplis par le Buddha Sakyamuni. Ils montrent aux êtres à discipliner la pratique du Buddha et notamment la façon dont il s’appliqua aux activités des Bodhisattvas et comment cela lui permit d’obtenir le bonheur véritable et de réaliser l’état de Buddha. Je vais donc lire ici le début de l’ouvrage qui recueille ces textes.

      (Transmission par la lecture de cet ouvrage par Kyabjé Gosok Rinpoche. Cet ouvrage débute par de nombreux hommages).

      ****

      Grâce à sa pratique, antérieure, il a totalement purifié son esprit et voit les défauts innombrables du désir. Il rejette la vie de laïque comme on rejette une maladie et il se retire dans un lieu isolé.

      À l’intérieur de ce monde, nous donnons une grande importance à la réputation et au prestige dont nous jouissons. Mais étant entrés dans la vie religieuse, et parce qu’ils se sont imprégnés du Dharma, les Bodhisattvas n’accordent aucune valeur à la renommée et ils ne se réjouissent pas d’un éventuel prestige. Ils voient le samsara comme un vaste abyme empli de flammes et n’ont qu’une idée : s’en libérer.

      Quand on lit ces vies antérieures, que nous montrent-t-elles ? Elles exposent les activités des Bodhisattvas, et plus spécifiquement elles montrent l’importance de la bienveillance, de la compassion et de l’esprit d’Éveil (bodhicitta). C’est là le but essentiel de ces récits.

      Tous les enseignements du Buddha, c’est-à-dire les 84 000 points ou les Trois Corbeilles (Tripitaka), se retrouvent dans le corpus de la Perfection de la sagesse et, parmi les traités, dans l’Abhisamaya-alamkara. Quant à la façon de mettre en pratique le sens de chacun de ces points, elle est intégralement exposée dans le Grand Livre des Degrés de la Voie vers l’Éveil (Lamrim Tchènmo). Ce texte expose parfaitement la manière de mettre en pratique le sens des Trois Corbeilles dans leur intégralité. Et si on se demande quelle est l’essence du Grand Lamrim, c’est l’esprit d’Éveil. Le développement de celui-ci est donc fondamental.

      Aujourd’hui, à la demande de plusieurs disciples, je vais donner un enseignement sur l’Entraînement de l’esprit (lodjong en tibétain), et plus spécifiquement sur les sept points de l’Entraînement de l’esprit. De façon générale, le Dharma (tcheu en tibétain) a pour but d’entrainer l’esprit, de le transformer. Comme notre esprit est entièrement sous l’emprise des agitations mentales, qu’il y a en nous une force de l’habitude très grande à leur égard, le Buddha nous exhorte à le transformer et à l’entrainer dans le Dharma. On peut donc dire que tous les enseignements du Buddha sont en eux-mêmes des « entrainements de l’esprit ». Mais l’Entrainement de l’esprit dont il est question ici désigne les instructions qui ont pour objectif le développement de l’esprit d’Éveil. Parmi les deux méthodes qui permettent de le développer, il est fait ici référence à celle qui est appelée « égalité et échange de soi-même avec autrui ».

      Cet enseignement condense l’essence des points fondamentaux de toutes les Paroles des Victorieux. C’est la grande route empruntée par les Buddhas et leurs Fils les Bodhisattvas. C’est ce qui a été parfaitement médité par les deux grands pionniers Nagarjuna et Asanga ainsi que par l’éminent Bodhisattva Shantideva. Celui-ci montre de façon particulière les activités des Bodhisattvas dans les deux ouvrages que sont le Siksasamuccaya et le Bodhicaryavatara.

      La voie qui conduit parfaitement et sans erreur vers l’Omniscience d’un Buddha, c’est l’Entrainement de l’esprit du Grand Véhicule qui est basée sur les instructions du Noble Atisa. Ces instructions qui ont leur origine en le Buddha lui-même furent transmises à Nagarjuna, à Asanga puis à Santideva et ainsi de suite de Maître à disciple. Atisa lui-même les obtint de son Maître Sèrlingpa.

      Ces instructions sur l’Entraînement de l’esprit du Grand Véhicule instruisent sur le précieux esprit d’Eveil sous ses deux aspects : conventionnel et ultime.

      En s’appuyant sur la transmission orale des Maîtres éminents du passé qui les pratiquèrent, le texte des Sept points de l’Entraînement de l’esprit explique comment mettre en pratique ces instructions. Il comporte sept parties :

      1. Les préliminaires.

      Il est difficile d’aborder de façon abrupte cet enseignement sur l’entrainement de l’esprit. Sans préliminaires, la pratique n’est pas possible. Ces préliminaires préparent le pratiquant ; on dit qu’ils le font mûrir, qu’ils le préparent à recevoir ces instructions. Ces préliminaires sont au nombre de quatre : la méditation sur le caractère précieux de cette renaissance disponible et fortunée, la méditation sur l’impermanence, la méditation sur la Loi de la causalité et la méditation sur les souffrances du samsara, notamment celles des voies d’existences infortunées.

      1. L’entraînement proprement dit dans l’esprit d’Éveil
      2. Transformer les conditions défavorables en Chemin
      3. Pratiques qui sont comprises en une vie
      4. Les critères qui attestent d’une réussite dans l’entraînement de l’esprit
      5. les engagements qu’implique l’entraînement de l’esprit
      6. Les préceptes de l’entraînement de l’esprit

      La transmission de cet enseignement au Tibet s’est faite grâce au Maître indien Atisa qui l’avait lui-même étudié auprès de son Maître Sèrlingpa. Les enseignements du Noble Atisa, et notamment l’ouvrage qu’il composa, La Lampe sur la Voie, constituent la base des instructions Kadampas, la base du Lamrim. Ce Maître vint au Tibet à l’invitation des rois Yéshé Eu et Djangtchoup Eu qui régnaient sur les royaumes du Tibet de l’Ouest. A cette époque au Tibet, l’enseignement bouddhique qui s’était propagé lors de la première période de diffusion au VIIe siècle avait dégénéré, et cela créait de grandes difficultés. C’est pourquoi ces deux rois de la région du Ngari cherchèrent à inviter ce maître indien éminent au Tibet. Cela entraîna pour eux de grandes difficultés mais Atisa finit par accepter. Lorsqu’il s’engagea sur la route menant au Tibet, ce maître indien éminent passa par le Népal. Il y résida plus d’une année dans un endroit qui est situé en hauteur non loin du site de Pakpa Shingueu. C’était par-là que passait l’une des routes anciennes qui reliaient l’Inde au Tibet. J’ai essayé d’y aller moi-même mais pour l’instant je n’ai pas trouvé de guide capable de m’y conduire. Si vous avez l’occasion de vous y rendre en pèlerinage, ce serait une très bonne chose. Le Noble Atisa y dispensa des enseignements pendant près d’une année.

      De là, le Noble Atisa gagna le monastère de Thoding dans le Ngari (Tibet de l’ouest). Il y demeura près de trois ans. Il avait promis aux supérieurs de son monastère en Inde de revenir après trois années. Mais des conflits armés sur la route l’empêchèrent de s’en retourner et il resta au Tibet, essentiellement dans la région de Nyéthang. C’est d’ailleurs là qu’il quittera ce monde à l’âge de 73 ans.

      Il eut plusieurs grands disciples (Dromteunpa, Ngok Lotsawa, Rinchèn Sangpo, Naktso Lotsawa et Djangtchoup Eu). Parmi eux, Dromteunpa fut le principal. C’est à lui seul que le Noble Atisa transmit les enseignements précieux sur « l’égalité et l’échange entre soi-même et autrui ». Quand Dromteunpa lui demanda pourquoi il lui donnait ces enseignements, le Noble Atisa répondit qu’il n’avait trouvé personne d’autres qui en soit digne.

      Dromteunpa est comme un patriarche des enseignements Kadampa. C’est lui qui a établi les fondements de cette école. Il eut de nombreux disciples qui contribuèrent au développement de cette école, notamment trois disciples majeurs (Potowa, Phu tchungwa et Djèn nawa). Dromteunpa transmit les enseignements sur l’entraînement de l’esprit à Potowa. Potowa avait des disciples dans différentes régions du Tibet. Parmi eux, c’est à Sharawa qui venait des régions centrales du Tibet que Potowa transmit ces instructions.

      Sharawa eut lui-même quatre disciples principaux. Parmi eux se trouvait Géshé Tchékawa. Ce dernier avait étudié depuis son tout jeune âge dans d’autres traditions et était devenu un érudit éminent quand il lut les Huit versets sur l’Entraînement de l’esprit de Langri tampa. Il fut particulièrement bouleversé par les deux lignes :

       » Puissé-je offrir à autrui les bénéfices et la victoire. Puissé-je prendre sur moi en secret les maux et la défaite ».

      Il fut vraiment ému : prendre sur soi tous les maux, toutes les défaites, et offrir aux autres la victoire, les bienfaits. Il n’avait jamais auparavant entendu d’instructions aussi profondes. En fait c’est là le condensé de la pratique.

      Depuis des temps sans commencement, nous sommes plongés dans l’océan de souffrances du samsara. La raison en est que nous ne sommes pas capables de donner la victoire et les bénéfices aux autres, et de prendre sur nous la défaite et les maux. Nous sommes focalisés sur nous-mêmes, sur notre propre bonheur, sur nos propres souffrances. Nous ne nous sentons pas concernés par le bonheur des autres, et parfois même il nous arrive de nous réjouir de leurs souffrances ou de souhaiter que quelque chose de mal leur arrive. La seule chose que nous pratiquons, c’est le développement des agitations mentales telles que les trois poisons de l’esprit, la jalousie, etc. C’est à cause de cet auto-chérissement que nous tournons ainsi dans le samsara. C’est là, la véritable racine du cycle des existences.

      En « offrant à autrui les bénéfices et la victoire et en prenant sur soi en secret les maux et la défaite », on fait diminuer l’autochérissement. Or c’est lui notre véritable ennemi. C’est à cause de lui et à cause de notre saisie erronée du soi que depuis des temps infinis nous tournons dans le cycle des existences. Ces instructions qui s’en prennent à la racine de tous nos maux sont donc inconcevables, d’une grande profondeur.

      C’est pourquoi le Maître Tchékawa chercha la source de cet enseignement. Mais Langri Tanpa, l’auteur des huit versets, avait déjà quitté ce monde. Le Maître Tchékawa continua à chercher et apprit que seul le Maître Sharawa était détenteur de ces instructions. Il se rendit donc auprès de lui. Mais recevoir ces instructions n’était pas chose ordinaire ou commune. Lorsque Tchékawa le rencontra, Sharawa était en train de donner un enseignement sur les Sutras. Il n’évoqua à aucun moment la pratique de « l’égalité et de l’échange entre soi-même et autrui ». À cette époque, cet enseignement était gardé secret et n’était transmis qu’aux disciples dont le maître voyait qu’ils étaient des réceptacles adaptés. Il n’était donc pas facile d’obtenir un tel enseignement. Ce n’est pas comme maintenant où, quand la requête est faite, les instructions sont données. Nous n’avons plus maintenant la possibilité de voir si le réceptacle est adapté ou non.

      Tchékawa resta cependant en ce lieu. Un jour, alors que les autres religieux étaient partis accomplir des rituels à un autre endroit, Tchékawa profita de ce que le Maître était seul pour aller le voir. Le Maître était alors en train de faire des circumambulations autour d’un stupa. Tchékawa installa un coussin et pria le Maître de s’y installer. « Quel enseignement désires-tu ? » demanda Sharawa. « Je vous en supplie, écoutez-moi. J’ai quelque chose dont il faut absolument que je vous parle », répondit Tchèkawa et il récita les deux vers « offrir à autrui les bénéfices et la victoire et prendre sur soi en secret les maux et la défaite ». Puis il demanda à Sharawa s’il détenait l’enseignement d’où provenaient ces vers et lui dit qu’il aspirait à en recevoir la transmission. Sharawa répondit qu’il détenait effectivement ces instructions.

      – Pourquoi ne les enseignez-vous pas à vos disciples ? », demanda Tchèkawa.

      – Je n’ai pas trouvé de disciple qui soit adapté. Il n’est donc pas correct d’en parler.

      – je vous prie de me les enseigner.

      – Reste longtemps ici et je te donnerai la transmission. Mais connaître cet enseignement ne sera pas suffisant, il faudra le mettre en pratique. Il suffit d’écouter pour savoir et on se dit « Ah, ça y est j’ai obtenu toutes les instructions ». Mais on n’a fait que comprendre un peu le sens des mots, on ne les a pas mis en pratique. On ne réalise pas qu’il s’agit là d’instructions pour développer des réalisations qui transformeront l’esprit. Reste tranquillement ici avec nous.

      De la même façon qu’Atisa était resté de longues années auprès du Maître Serlingpa pour mettre en pratique les instructions que ce Maître lui avait données, de même, Tchèkawa resta de longues années auprès de Sharawa pour mettre en pratique les enseignements reçus.

      Il y avait non loin de l’endroit où Tchékawa demeurait des personnes qui souffraient de la lèpre. À cette époque, il n’y avait pas encore de traitement comme maintenant. Une personne qui attrapait la lèpre était rejetée, et toutes ces personnes malades finissaient par former des groupes que les habitants cherchaient à éviter mais auxquels ils apportaient un peu de nourriture. Malgré le danger, Tchékawa alla auprès des lépreux pour donner des enseignements. Grâce aux instructions sur « l’égalité et l’échange entre soi-même et autrui », il put apporter la guérison à de nombreuses personnes et l’on parla dans la région du Dharma qui guérit la lèpre.

      Il pensa alors qu’un enseignement qui pouvait apporter tant de bénéfices ne devait pas rester secret, et, au lieu d’une transmission d’un maître vers un disciple, il décida de transmettre de façon plus large ces instructions. C’est à partir de ce moment-là que la transmission devint « publique ».

      Le texte racine de L’Entraînement en sept points commence par « Ces instructions qui sont l’essence du nectar ». Ces instructions viennent du Noble Atisa. Autrefois, il existait plusieurs versions du texte racine, car chaque disciple qui avait reçu l’enseignement avait pris des notes à sa façon. Par la suite, lorsqu’on demanda au Maître Pabongka Rinpoche de donner un enseignement sur l’entraînement de l’esprit, il reprit l’ensemble de ces notes et les remit en ordre.

      Lorsque le texte dit « Ces instructions qui sont l’essence du nectar », il s’agit du nectar du Dharma. L’enseignement du Buddha qui expose tout ce qui doit être développé et tout ce qui doit être éliminé est comme un médicament suprême qui peut guérir toutes les maladies douloureuses que causent les agitations mentales.

      Nous récitons souvent cette prière où il est dit : « Je me prosterne auprès du Joyaux précieux du Dharma qui est le remède suprême contre les maladies des souffrances « . Les maladies des souffrances sont les souffrances causées par les agitations mentales. « Remède suprême » signifie que c’est le meilleur remède possible.

      Parmi les Trois Joyaux, le Dharma est le véritable refuge car c’est lui qui élimine radicalement l’origine de la souffrance qui comporte deux aspects : les karmas et les agitations mentales. Parce que les agitations mentales apparaissent, les karmas négatifs sont commis et génèrent de la souffrance.

      Lorsque le texte dit « Ces instructions qui sont l’essence du nectar », il fait donc référence au nectar du Dharma qui, tel un médicament suprême, guérit toutes les maladies des agitations mentales. L’essence de ce nectar du Dharma, c’est l’esprit d’Éveil, ce sont les instructions qui conduisent à l’esprit d’Éveil et, parmi elles, ce sont celles de « l’égalité et l’échange de soi-même et autrui ».

      Le texte indique que « Ces instructions qui sont l’essence du nectar proviennent du Maître Sèrlingpa ».

      Plusieurs images sont utilisées pour décrire ces instructions : le diamant, la plante médicinale et les rayons du soleil. L’image du diamant est également utilisée dans des textes relevant du Madhyamaka. Lorsqu’un diamant est brisé, même les petits morceaux qui apparaissent alors restent des diamants, et leur valeur précieuse reste intacte. De même, la mise en pratique d’une simple partie de cet enseignement sur l’Entrainement de l’esprit du Grand Véhicule, la mise en pratique d’une seule fraction de ces instructions sur « l’égalité et l’échange de soi-même et autrui » apportent un grand bénéfice car elles font décroitre l’autochérissement et la saisie erronée d’un soi.

      L’enseignement sur « l’égalité et l’échange de soi-même et autrui » est également comparé à une plante médicinale. Dans les préparations médicamenteuses, par exemple dans les petites pilules de la médecine tibétaine, on n’utilise qu’une infime partie de la plante, mais elle possède la puissance de guérison de la plante entière. De même, la mise en pratique d’une fraction même infime de cet enseignement sur l’Entraînement de l’esprit permet d’entamer l’autochérissement et de le faire diminuer considérablement.

      Cet enseignement de « l’égalité et l’échange de soi-même et autrui » est également comparé aux rayons du soleil. Lorsque les rayons du soleil pénètrent dans une maison plongée dans l’obscurité, même si c’est par une petite fenêtre, cela éclairera, et cela fera diminuer l’obscurité. De même, même la mise en pratique d’une petite partie de cet enseignement sur « l’égalité et l’échange de soi-même et autrui » fera reculer l’obscurité qui est en nous, et qui est causée par l’autochérissement.

      C’est pourquoi cette pratique est importante.

      Comme il a été dit plus haut, cette pratique comporte quatre préliminaires (réflexion sur le caractère précieux de renaissance, l’impermanence, la Loi de la causalité et les souffrances du samsara). Mais ces quatre préliminaires doivent être précédés d’une réflexion sur la façon de suivre le Maître de façon correcte qui est la base. Sans ce fondement, comment pourrait-on pratiquer les quatre préliminaires ! C’est impossible. En outre il est important d’examiner si ce Maître est authentique, d’être sûr qu’il est doté de toutes les caractéristiques qui font de lui un véritable Maître. Sinon, si nous nous appuyons sur un mauvais maître dès le début, notre situation ne fera qu’empirer. Une fois qu’on est convaincu des qualités du Maître, il est capital de le suivre de façon correcte. Nous n’en dirons pas plus ici car c’est un sujet qui est souvent expliqué. Nous rappellerons simplement que la mise en pratique de cette partie consacrée à la façon correcte de suivre le Maître passe par les points suivants : les mérites qu’il y a à procéder ainsi, les conséquences négatives de ne pas le faire, la façon de le suivre par le corps et par l’esprit.

      Pour générer des réalisations, il faut « humidifier » les graines. Si on dépose une graine dans un endroit sans aucune humidité, quelle que soit la durée, elle ne donnera pas de pousse. De la même façon notre esprit a besoin d’être « humidifié » par les bénédictions qui sont issues du Maître lorsqu’on le suit de façon correcte. Nous avons besoin de ces bénédictions du Maître. Pour cela, on invitera le champ d’accumulation composé de l’infinité des Buddhas et Bodhisattvas des dix directions, on procèdera à la prière en sept branches, accompagnée de l’offrande du mandala. La Déité principale est le Buddha qui condense les refuges que sont les Trois Joyaux et qui a une nature indissociable de notre Maître. Si on est ainsi convaincu que son Maître a une nature indissociable du Buddha, les bénédictions seront particulièrement grandes et rapides. En effet, si aujourd’hui nous avons accès aux enseignements du Buddha, et à toutes les instructions des Maîtres éminents, c’est grâce au Maître. C’est lui qui nous les transmet directement. C’est grâce à cette transmission directe que nous pouvons recevoir des bénédictions. Il faut être convaincu que le Maître a une nature indissociable de celle du Buddha mais qu’il a aussi une nature indissociable de celles des Maîtres de la lignée dont il transmet les instructions. En procédant de la sorte nous obtiendrons de grandes bénédictions. C’est en faisant de telles visualisations que l’on procèdera à la prière en sept branches, accompagnée de l’offrande du mandala. Puis avec une grande dévotion on adressera nos requêtes. Il existe différents types de requêtes. En disant « Puissé-je rapidement générer en moi les réalisations de l’esprit d’Éveil sous sa forme conventionnelle et de l’esprit d’Éveil sous sa forme ultime », on inclut toutes les réalisations.

      Deuxième jour

      Enseignement de Son Éminence Djangtsé Tcheudjé, Kyabje Gosok Rinpoche à l’occasion du deuxième jour de la célébration du Monlam au monastère de Phuntsok Tcheuling au Népal.

      Le Noble Candrakirti a dit:

      Alors que nous jouissons de liberté et d’une situation favorable
      Si nous ne nous prenons pas en charge,
      Lorsque par la suite nous tomberons dans les abysses et que nous serons sous le joug d’autrui,
      Comment pourrons-nous nous en sortir ?

      Aujourd’hui, nous sommes dotés d’une renaissance humaine disponible et qualifiée et nous avons donc cette liberté de nous libérer de l’océan de souffrances du samsara : nous avons la liberté d’obtenir la libération et de réaliser l’état de Buddha. Alors que nous jouissons de cette liberté et de conditions favorables, comment peut-on ne pas pratiquer ! Si nous ne pratiquons pas maintenant, lorsque que nous serons tombés dans les abymes des existences infortunées, nous ne pourrons pas pratiquer, même si nous en avons le désir. Nous n’aurons plus la liberté de le faire.

      Établissons une bonne motivation :

      « Pour le bien de tous les êtres mes mères qui sont en nombre aussi infini que l’espace, je réaliserai l’état précieux de Buddha parfaitement éveillé. Pour cela je pratiquerai ».

      Afin de nous discipliner, nous les êtres de cette époque aux cinq dégénérescences, le Bhagavan Buddha qui est doté de grande compassion et expert dans les méthodes salvifiques, a montré avec zèle les actes qui mènent à la réalisation de l’Éveil

      Parmi ces actes, le plus important est celui de l’enseignement car pour montrer la Voie qui mène à la libération et à la réalisation de l’Éveil sans supérieur, il faut l’enseigner. C’est ainsi qu’à côté de Bénarès, il a fait tourner la roue de la Loi et a donné le premier enseignement sur les Quatre Vérités des Nobles.

      Tous les enseignements qu’il a exposés sont vastes. Mais nous n’avons que peu de temps pour les écouter et pour les étudier. Il nous faut pratiquer en vue d’un but excellent mais nous n’avons pas non plus de grandes capacités et le temps nous manque. Il nous faut donc aller à l’essentiel.

      Dans l’océan de lait de ces enseignements, il nous faut le concentré de la crème. La quintessence des 84 000 points des enseignements, quelle est-elle ? C’est la Grande Voie qui a été empruntée par tous les Buddhas et les Bodhisattvas des dix directions, et qui a été commentée par les deux grands pionniers que sont Nagarjuna et Asanga. Et à l’intérieur de cette Voie, ce sont les instructions sur le précieux esprit d’Éveil, et plus particulièrement celles sur « l’égalité et l’échange entre soi-même et autrui », qui ont été développées par le Bodhisattva Santideva. S’appuyant sans aucune erreur sur la pensée intentionnelle du Buddha lui-même, de Maitreya, de Manjusri, de Nagarjuna et d’Asanga, Santideva composa ces ouvrages excellents que sont le Siksasamuccaya et le Bodhicaryavatara.

      De façon générale, les instructions sur les activités qui mènent à l’Éveil apparaissent dans les Sutras mais de façon moins évidente. Le Siksasamuccaya et le Bodhicaryavatara de Santideva ont pour sens ultime l’exposé intégral et non erroné de la Voie complète qui mène infailliblement à l’état de Buddha parfaitement éveillé. La quintessence en est les instructions sur l’Entraînement de l’esprit du Grand Véhicule. Ces instructions furent transmises par le Maître Serlingpa au Noble Atisa. Elles recouvrent le développement de la pratique du précieux esprit d’Éveil sous ses deux aspects : le conventionnel et l’ultime. De même que la crème du beurre est la quintessence du lait, ces instructions sont la quintessence du Dharma.

      Ces deux aspects, l’esprit d’Éveil conventionnel et l’esprit d’Éveil ultime, sont indispensables. De même qu’un oiseau a besoin de ses deux ailes pour voler, de même ces deux aspects sont nécessaires pour parvenir à la réalisation de l’état de Buddha.

      La quintessence des enseignements désigne les instructions sur la façon de cultiver l’esprit d’Éveil et donc, comme nous l’avons vu lors du précédent enseignement, cela désigne l’entraînement de l’esprit du Grand Véhicule et plus spécifiquement L’Entrainement de l’esprit en sept points. Il existe différentes traditions ou instructions relatives à l’entraînement de l’esprit, comme par exemple celles des Huit versets de l’Entraînement de l’esprit de Langri Tanpa. Mais l’Entrainement de l’esprit en sept point présente vraiment de façon complète et structurée les différents degrés de la pratique. Ce texte comporte sept parties :

      1. Les quatre préliminaires.

      (Méditation sur le caractère précieux de cette renaissance disponible et fortunée, sur l’impermanence, sur la Loi de la causalité et sur les souffrances du samsara).

      1. L’entraînement proprement dit dans l’esprit d’Éveil
      2. La transformation des conditions défavorables en le Chemin
      3. Des pratiques qui sont comprises en une vie
      4. Les critères qui attestent d’une réussite dans l’entraînement de l’esprit
      5. les engagements qu’implique l’entraînement de l’esprit
      6. Les préceptes de l’entraînement de l’esprit

      Afin de réaliser l’Éveil sans supérieur, le Buddha Sakyamuni s’est entraîné sur la Voie, c’est-à-dire qu’il s’est appliqué aux activités des Bodhisattvas. C’est ce qui est décrit dans le recueil des 34 vies antérieures qu’est la Guirlande de Jatakas. On y apprend comment « il se mit de côté pour chérir autrui », comment il pratiqua la générosité, etc. Celui qui allait devenir Buddha donna toutes ses richesses matérielles, et lorsqu’il reprit naissance en tant que roi, il alla même jusqu’à offrir son propre royaume, sa propre famille. Il fit même don de son propre corps. Tous ces actes étaient des pratiques de l’esprit d’Éveil. « Donnant la prédominance à autrui », il cultivait l’esprit d’Éveil. C’est là la quintessence de la Guirlande de Jatakas.

      Kyabjé Gosok Rinpoche lit un extrait de cet ouvrage.

      ***

      Revenons à l’Entraînement de l’esprit. Comme il a été dit hier, cet enseignement comporte tout d’abord quatre réflexions préliminaires (Méditation sur le caractère précieux de cette renaissance disponible et fortunée, sur l’impermanence, sur la Loi de la causalité et sur les souffrances du samsara) et ces préliminaires doivent eux-mêmes être obligatoirement précédés par une réflexion sur la façon de suivre le Maître de façon correcte.

      De façon générale, quel que soit l’objet sur lequel on médite, on suit toujours un même plan qui comporte deux parties : la session de méditation et les périodes en dehors des sessions de méditation. Lors de la session de méditation, on distingue trois phases : les préliminaires, la méditation proprement dite et les activités qui concluent cette session. Qu’on réfléchisse à la façon de suivre le Maître, au caractère précieux de cette renaissance, à l’impermanence, ou à d’autres points de la Voie, on procède toujours ainsi selon ces trois phases. Les préliminaires généraux mentionnés ici sont au nombre de six. Leur mise en pratique est importante.

      Le premier de ces six préliminaires, c’est de nettoyer la pièce et de disposer les supports du Corps, de la Parole et de l’Esprit sur l’autel. C’est ce que vous faites chaque jour ici dans le temple. C’est ce qui permet de purifier les karmas et d’accumuler des mérites. Je n’en dirai pas plus ici, vous avez déjà eu de nombreux enseignements sur ce point.

      Les préliminaires suivants sont « Disposer de façon harmonieuse des offrandes sans défaut » puis « S’installer confortablement et, avec un état d’esprit particulièrement bon, développer la Prise de refuge, l’esprit d’Éveil, et les quatre infinis ». En effet, une fois qu’on a nettoyé et bien disposé les supports et les offrandes, on doit se consacrer à la pratique, c’est-à-dire à la réflexion. Il faut réfléchir au fait que tout ce que nous expérimentons depuis des temps sans commencement à l’intérieur du samsara est le résultat d’un esprit qui n’est pas maîtrisé. Tout dépend de notre esprit. Il faut donc arriver à le corriger. On examinera notamment si nos activités de nettoyage de l’autel et de présentation des offrandes n’étaient pas entachées de motifs mondains. Repensons à Géshé Bèn qui jeta de la cendre sur son autel lorsqu’il s’aperçut qu’il l’avait nettoyé pour impressionner un donateur. C’est à chacun de s’examiner, de voir ce qui se passe en lui.

      On développe ensuite une bonne motivation et on produit la Prise de refuge et l’esprit d’Éveil. On commence par la motivation du pratiquant de petite motivation et la motivation du pratiquant de motivation intermédiaire. Il faut tout d’abord couper tout attachement pour la vie présente et arriver à orienter l’esprit vers les vies prochaines. Si on ne procède pas ainsi par palier, comment pourrait-on aspirer à libérer tous les êtres de la souffrance du samsara. C’est dès le départ qu’il faut couper court à l’attachement à la vie présente et orienter nos pensées vers les vies futures.

      On réfléchira ensuite sur le fait que l’ensemble du samsara n’est par nature que souffrance, et qu’on n’y trouve rien qui ait une valeur intrinsèque. Pour réaliser cela, repensons à nos expériences. Puisque nous comprenons intellectuellement cela, et que nous en faisons nous-mêmes l’expérience, nous ne pouvons que nous engager dans la pratique ! Le moment est venu de pratiquer. On développera l’aspiration sincère à se libérer de façon radicale de toutes les souffrances du samsara, mais on pensera également à tous les êtres nos mères en nombre aussi infini que l’espace, et on aspirera également à les libérer de cette souffrance. De la sorte, on développera l’esprit d’Éveil et la Prise de refuge tout en faisant les récitations correspondantes.

      On s’emploiera ensuite à la purification des fautes et à l’accumulation de mérites. C’est là un travail que nous devons absolument faire : nous devons nous appliquer à la purification des fautes et à l’accumulation de mérites, et la pratique en sept branches nous permet de faire. Mais avant de pouvoir accomplir la pratique en sept branches, il faut d’abord inviter le champ de mérites, c’est-à-dire le champ qui permet d’accumuler des mérites. Si nous sommes dans la situation où nous sommes maintenant, c’est parce que nous manquons cruellement de mérites, nous n’en avons accumulés que très peu.

      Il existe différents champs d’accumulation : le champ de refuge est l’un des plus courants. La figure principale est le Buddha Munendra. C’est ce qui accompagne la prière que nous récitons régulièrement : « Eux qui ont pour nature les qualités du Corps, de la Parole et de l’Esprit de tous les Tathagatas des dix directions et des trois temps… ».

      Le Buddha a donc pour nature celle des trois refuges et il est de nature indissociable avec le Maître. C’est en visualisant ce champ de mérite que l’on prend refuge et que l’on génère l’esprit d’Éveil. C’est également face à ce champ de mérites que l’on accumule les mérites et que l’on purifie les fautes. Ces deux points sont condensés intégralement dans la pratique à sept branches, accompagnée de l’offrande du mandala. La première des sept branches est la prosternation.

      On doit purifier ses fautes et on doit aussi être empli de respect. Une fois que le champ d’accumulation est invité, il faut être plein de dévotion et de respect. Il ne convient pas d’avoir une attitude désinvolte face au champ de mérites. Quand on est en présence de représentations, il faut être plein de respect. Lorsqu’on va au temple, on a une attitude désinvolte, sans respect. C’est comme si on regardait un spectacle : on va voir les statues, on regarde leur taille, le matériau dont elles sont faites, etc. On n’a plus la moindre forme de respect envers les supports qui sont disposés sur l’autel. C’est vraiment très triste et bien dommage. Sans parler d’accumuler des mérites, on ne fait qu’accumuler des fautes. C’est pourquoi il faut être vigilant. Depuis toujours je dis aux responsables du monastère : « avant d’entrer dans le temple pour les assemblées de prières, courbez-vous, inclinez-vous ». C’est là un signe extérieur de respect que même les laïcs ont. Par exemple, au Japon, il est de tradition que les personnes s’inclinent pour montrer leur respect. On ne sait pas ce qui se passe à l’intérieur, mais à l’extérieur elles montrent du respect. Nous prétendons que l’extérieur n’est pas important, et que c’est ce qui se passe à l’intérieur qui compte vraiment. Mais si nous n’arrivons pas à discipliner le comportement extérieur, comment pourrons-nous agir à l’intérieur ?

      Nous avons plaisir à disposer des supports du Corps, de la Parole et de l’Esprit dans nos cellules, mais les supports les plus importants sont ceux que l’on visualise, ceux qui sont à l’intérieur. Ce n’est pas ce que nous voyons avec les yeux mais ce que nous visualisons avec l’esprit qui importe.

      Les supports que nous installons autour de nous ont essentiellement pour fonction de nous aider à nous remémorer le Buddha et l’Enseignement. Nous avons tendance à oublier. Ces supports sont donc utiles car ils nous permettent de raviver notre foi confiante. Lorsque nous avons invité les êtres de sagesse dans les représentations, il faut penser qu’elles ont vraiment pour nature celle des Trois refuges, qu’elles sont vraiment le Buddha. Nous devons en être convaincus et développer un profond respect à leur égard.

      Puis vient la pratique en sept branches qui condense l’accumulation de mérites et la purification des fautes. Lorsque la visualisation du champ de mérites est clairement établie, on adressera les requêtes. De façon générale, ces requêtes doivent être énoncées avec sincérité, ce n’est pas qu’une simple activité orale, l’esprit doit être imprégné du sens de ce que l’on dit.

      Ces requêtes sont énoncées dans la pratique en sept branches. Les requêtes que l’on adresse aux Maîtres de la lignée lors de la récitation sont également très importantes. On sait l’importance qu’il y a à suivre le Maître de façon correcte, cela s’applique non seulement à notre Maître racine mais également aux Maîtres de la lignée de transmission. Il peut s’agir de requêtes spécifiques comme par exemple pour les Maîtres de la lignée d’un monastère ou d’une unité monastique, ou bien les requêtes spécifiques adressées à la Lignée des Dalai Lama ou à la Lignée des Panchen Lamas. Si on n’a pas ces requêtes spécifiques, on récite les requêtes aux Maîtres de la Lignée du Lamrim.

      Il est important de penser que ces Maîtres sont véritablement présents. On leur adresse des requêtes et on pense qu’ils se fondent progressivement dans le Maître racine, et qu’ainsi, le champ d’accumulation ne fait plus qu’un. On peut penser que le Maître racine que l’on visualise toujours au-dessus du sommet de notre tête sera en quelque sorte l’intermédiaire avec le champ de mérites qui a pour figure principale le Buddha qui est indissociable de notre Maître racine.

      Par exemple, lors du Nyouné, lorsqu’on récite :  » OM, Protecteur de ce monde, à Vos pieds je me prosterne », on visualise Bhiksuni Padma sur le sommet de notre tête. C’est elle qui va nous « présenter » à Arya Avalokitesvara qui est dans l’espace devant nous. C’est elle qui intervient auprès de lui en notre faveur, pour qu’il nous protège.

      En outre lors des initiations, lorsque la fleur est offerte par le disciple au mandala, il y a cette phase appelée « présentation à la Déité ». On visualise que le Maitre de vajra prend le disciple par la main, et qu’il l’amène pour le « présenter » à la Déité avant de faire des requêtes pour que la Déité protège ce disciple jusqu’à ce qu’il réalise l’Éveil. Cette présentation est accompagnée d’une requête à la Déité tutélaire pour qu’elle prenne soin du disciple jusqu’à ce qu’il réalise l’état de Buddha.

      De la même façon, si on reprend le champ d’accumulation, le Maître racine que nous visualisons au-dessus de notre tête nous introduit auprès du champ de mérites. Il adresse des requêtes à l’infinité des Buddhas et Bodhisattvas des dix directions, et nous-mêmes nous faisons aussi des requêtes. Le champ d’accumulation vient se fondre en le Maître visualisé au-dessus de notre tête qui prend alors l’apparence d’Avalokitesvara, c’est à dire la Déité de la compassion. L’esprit d’Éveil a pour base la compassion, il s’appuie entièrement sur le développement de la compassion.

      À ce moment-là, on pratiquera à nouveau la prière en sept branches. Si on peut faire une récitation développée, c’est mieux.

      Différentes prières sont possibles :

      Si on récite :

      Ô Précieux Maître

      Vous qui par bonté faîtes apparaître en un instant

      La grande félicité,

      À vos pieds de vajra je me prosterne.

      Cette prière est liée à la pratique des Tantras.

      Si on préfère une prière liée aux Sutras, on récitera par exemple la prière à Tara :

      Empli d’une foi sincère et profonde,

      Je me prosterne auprès de la Vénérable Arya Tara

      Et auprès de tous les Victorieux et de leurs Fils

      Qui résident dans les dix directions et les trois temps.

      On peut adresser une prière similaire à Avalokitesvara en changeant seulement le 2e vers qui devient « Je me prosterne auprès de l’Arya Avalokitesvara ».

      Sinon on peut réciter cette partie de la prière en sept branches du Djortcheu :

      Les offrandes réellement disposées et celles manifestées par l’esprit, toutes sans exception j’en fais l’offrande. Je fais acte de contrition pour toutes les fautes et les manquements que j’ai accumulés depuis des temps sans commencement. Je me réjouis des vertus accumulées par les êtres ordinaires et les Arya. Puissiez-vous demeurer jusqu’à ce que le samsara soit vide, et faire tourner la Roue du Dharma pour les êtres. Mes vertus ainsi que celles des autres, je les dédie au grand Éveil.

      On peut également réciter la requête des buts essentiels du Djortcheu :

      Accordez Votre bénédiction à moi-même et à tous les êtres mes mères afin que nous rejetions toutes les vues erronées depuis le non respect du Maître spirituel jusqu’à la saisie de caractéristiques duelle du soi, afin que nous produisions avec facilité des pensées correctes telles que le respect du Maître spirituel, et afin que tous les obstacles dus à des conditions extérieures ou intérieures soient totalement apaisés.

      Cette requête contient tous les points du Lamrim. Si on médite sur l’esprit d’Éveil, on changera « respect du Maître spirituel » en « développer l’esprit d’Éveil ».

      Toutes ces requêtes visent à recevoir des bénédictions afin de transformer l’esprit. Ces bénédictions permettent de stopper les états d’esprit erronés comme ne pas réfléchir au caractère précieux de cette renaissance humaine, ou ne pas se remémorer la mort et l’impermanence. Pour l’instant nous ne pouvons atteindre la réflexion sur la saisie erronée du soi. Il faut tout d’abord s’attaquer à ce qui est à notre portée, à ce sous l’emprise de quoi on est chaque jour, à ce qui nous égare au quotidien. On n’arrivera à rien si on veut commencer par ce qui est trop élevé, trop ardu. On a toujours envie d’avoir ce qui est le plus haut, ce qui est le plus élevé. Dès qu’on entend parler d’une initiation relevant des Anuttara tantras, on s’y précipite. Mais cela ne peut apporter aucun bénéfice si on n’a pas les bases.

      « Puissé-je développer les mêmes degrés de réalisations de la Voie que les Buddhas et les Bodhisattvas des dix directions, c’est-à-dire essentiellement les deux aspects de l’esprit d’Éveil. Puissé-je développer les mêmes réalisations de compassion, d’Esprit d’Éveil et de vue excellente que le Maître racine et les Maîtres de la Lignée ont développées dans leur continuum mental. Ils ont développé la quintessence du sens de tous les sujets des Sutras précieux de sens certain et cette quintessence est intégralement condensée dans les deux aspects que sont l’esprit d’Éveil conventionnel et l’esprit d’Éveil ultime. Bénissez-moi afin que je les développe. »

      De façon générale, si on est très riche, on est distrait par le désir d’en avoir toujours plus et on délaisse la pratique. Si on est trop pauvre, notre esprit est distrait par les soucis et on ne peut pas pratiquer. Si on jouit de renommée et de gloire ou d’un statut social élevé, on est distrait et on ne peut pas pratiquer. Quand on est très content, l’esprit est distrait et on oublie de pratiquer. Quand on est triste, l’esprit est envahi par le désespoir et on ne pratique plus. Quand on est malade, la souffrance physique nous empêche de pratiquer. C’est pourquoi, on fait des requêtes pour que quoi qu’il arrive, que l’on soit très riche, très pauvre, que l’on jouisse d’une grande gloire, que l’on soit heureux, malheureux, malade ou bien en train de mourir, nous n’oublions jamais le précieux esprit d’Éveil, et la nécessité de nous appliquer à le développer dans la vie présente et tout au long des vies à venir. On fait des requêtes pour qu’il en soit ainsi.

      Mais ce n’est pas tout. Nous pratiquons l’entraînement de l’esprit du Grand Véhicule, « l’égalité et l’échange entre soi-même et autrui ». Comme il est dit dans le Lama Tcheupa : « même si les souffrances dont je ne veux pas s’abattent en pluie violente, accordez-moi votre bénédiction pour que, ayant vu qu’elles sont des causes d’épuisement des résultats de mes actes mauvais, j’intègre les conditions défavorables dans la Voie ».

      « Intégrer les conditions défavorables dans la Voie » ! Sans de telles instructions, comment pourrait-on pratiquer dans les époques de dégénérescences dans lesquelles nous nous trouvons ? Les conditions défavorables emplissent ce monde au point de déborder. Les obstacles nous entourent. On ne pourrait pas pratiquer si on n’avait pas ces instructions qui permettent de transformer ce qui est défavorable en une pratique de la Voie. Nous faisons des requêtes pour que ces obstacles se transforment en causes de pratique de l’esprit d’Éveil. C’est là le véritable objectif des requêtes. On ne les fait pas pour un bien-être dans la vie présente, comme par exemple en vue d’une absence de maladie. On le fait pour être capable de transformer les causes défavorables en éléments de pratique. « Puisse la maladie ne pas se manifester, et si elle se manifeste puissé-je en faire un support de pratique pour cultiver l’esprit d’Éveil ».

      Lorsque ces préliminaires sont achevés. On s’engagera dans la méditation proprement dite. Par exemple, s’il s’agit d’une méditation portant sur la façon de suivre correctement le Maître, on réfléchira aux différentes parties de cette section : les bénéfices qu’il y a à le suivre de façon correcte, les conséquences néfastes qu’entraîne le fait de ne pas le suivre de façon correcte, la façon de le suivre par l’esprit en cultivant la dévotion et la gratitude, la façon de le suivre par le corps. Cette réflexion s’appuiera sur les enseignements du Lamrim , notamment sur la Voie rapide où ces différents points sont exposés de façon très claire.

      Cette réflexion se conclura par des prières de dédicace. Idéalement ce sera le texte des Prières pour une activité excellente. Mais il est un peu long. Cela peut aussi être simplement un extrait : « À la manière de Manjusri, le Héros qui perçoit les choses telles qu’elles sont, et de Samantabhadra, prenant modèle sur eux, je dédie entièrement toutes ces vertus ».

      À ce sujet les deux tuteurs de Sa Sainteté le Dalai Lama racontaient souvent l’histoire d’un pèlerin qui était allé rendre hommage à la statue du Jowo à Lhasa. Devant lui se trouvaient des vieilles femmes de Lhasa qui avaient l’habitude de faire des prières. Le pèlerin ne savait pas faire de prières, il remarqua que les femmes devant lui étaient expertes. Aussi, quand il arriva devant le Jowo, il dit :  » Je fais les mêmes qu’elles ». On ne pourrait pas faire de plus belles dédicaces que Manjusri qui est l’incarnation de la sagesse. Il n’y a pas mieux que la prière de Samantabhadra. Donc les prendre pour modèles est ce qu’il y a de mieux lorsqu’on veut faire une dédicace.

      C’est là la façon de pratiquer durant les sessions de méditation. Maintenant, que fera-t-on pendant les périodes qui séparent les sessions de méditation ? Pendant la session de méditation, on s’est appliqué à cultiver la compassion, l’esprit d’Éveil, si lorsqu’elle est achevée, on revient à l’autochérissement, à un manque de scrupule et aux comportements négatifs et mauvais pour autrui, comment pourra-t-on progresser ? Combien de temps dure une session de méditation ? Combien d’heures dure la période entre ces sessions de méditation ? Comment la méditation pourrait-elle l’emporter ! Comment pourrait-elle nous élever vers le haut quand les périodes entre chaque session nous tirent irrémédiablement vers le bas. Si on veut faire bouillir de l’eau, allumer le feu pendant une minute puis l’éteindre pendant quinze minutes, puis le rallumer pendant une minute, etc., ne permettra jamais d’obtenir de l’eau bouillante, même si on procède ainsi pendant une longue durée !

      Il en est de même avec la pratique. On s’applique à la récitation, on va à l’assemblée de prières car on est obligé de le faire, mais dès que c’est fini, on est tout joyeux et on se précipite dehors avec entrain et on lâche tout. Comment pourrait-on progresser ainsi ! Les périodes entre les sessions de méditation sont très importantes. Durant ces périodes, on s’appliquera à lire des ouvrages en rapport avec le sujet de la méditation. Par exemple, si la méditation porte sur la façon correcte de suivre le Maître, on peut lire la façon dont Jowo Atisa servit le Maître Sèrlingpa, comment Dromteunpa servit Jowo Atisa, comment les Maîtres Kadampa, notamment Potowo servirent Dromteunpa. Si on considère par exemple Dromteunpa. À son époque, il n’y avait pas de ciment. Le sol était en terre battue. Le nettoyer était bien difficile. Il fallait aller chercher de la terre sèche pour la répandre sur la terre mouillée. Cela nécessitait beaucoup de travail que Dromteunpa accomplit au service d’Atisa. Il y a de nombreuses histoires sur la façon dont il généra en lui des réalisations grâce au fait qu’il servait le Maître de façon correcte.

      De nombreuses exemples de cette façon correcte de suivre le Maître sont contenus dans les Sutras, par exemple la façon dont Sudhana (Norsang) suivit le Bodhisattva Maitreya exposée dans l’Avatamsaka sutra.

      Nous ne lisons pas les Sutras et nous nous contentons des citations faites par les Maîtres lors des enseignements. Mais les étrangers, notamment les Chinois, se réfèrent essentiellement aux Sutras, aux Paroles du Buddha. Nous, nous nous appuyons beaucoup sur les Traités (sastra) et regardons peu les Sutras….

      Si on reprend le préliminaire de l’entraînement de l’esprit qu’est la réflexion sur le caractère précieux de cette vie humaine, c’est ce qui permet d’orienter de façon générale vers la pratique du Dharma, et ici de façon plus particulière d’orienter vers le développement de l’esprit d’Éveil qui est la quintessence du Dharma. De la même façon, la réflexion sur la mort et l’impermanence incite à cultiver l’esprit d’Éveil ; la réflexion sur les actes et leurs résultats incite à cultiver l’esprit d’Éveil ; la réflexion sur les souffrances du samsara incite à développer l’esprit d’Éveil.

      De quelle façon la réflexion sur le caractère précieux de cette renaissance humaine incite-t-elle à cultiver l’esprit d’Éveil ? Comme il a été dit tout à l’heure, on doit s’appliquer à cette réflexion durant des sessions de méditation mais également entre les sessions de méditation.

      Durant la session de méditation, il faut tout d’abord accomplir les six préliminaires et terminer cette session par les dédicaces. Quant à la méditation proprement dite, elle comporte trois parties : la première est de prendre conscience des disponibilités et des attributs de cette renaissance. Ces disponibilités et ces attributs, on les connait, on sait les énumérer mais on n’a pas pris conscience véritablement du fait qu’on en jouissait. Il faut tout d’abord bien comprendre ce qu’impliquent pour nous ces dix-huit qualités et ensuite on peut s’appliquer au deuxième point qui est de prendre conscience du potentiel considérable d’une telle renaissance. C’est la réflexion sur ce grand potentiel qui incite à cultiver l’esprit d’Éveil. C’est également la réflexion sur le troisième point, c’est-à-dire la prise de conscience de la difficulté qu’il y a à obtenir un tel support qui incite à cultiver l’esprit d’Éveil. Mais pour pouvoir méditer sur le potentiel considérable de cette renaissance, il faut tout d’abord avoir réellement pris conscience des disponibilités et attributs dont il est doté. Sans cela, on ne fait que répéter des phrases. Ce ne sont que des sons qui proviennent des cordes vocales, ce ne sont pas des paroles qui viennent du cœur. Cela ne peut pas avoir le moindre effet. Ce n’est pas comme cela qu’on transforme l’esprit.

      Comment méditer durant la méditation proprement dite. Rappelons-nous ce qu’a écrit le Protecteur Śāntideva :

      Alors que j’ai obtenu pour une fois ces libertés et ces attributs

      Si difficiles à obtenir et qui permettent de donner un sens à cette vie,

      Si je n’en tire pas profit maintenant,

      Où trouverai-je à nouveau de telles libertés et attributs dans le futur !

      ou bien ce qu’a écrit le Grand Tsongkhapa, Roi du Dharma dans les trois domaines d’existence :

      Ce support disponible est bien plus précieux qu’un joyau qui exauce tous les souhaits.

      L’avoir obtenu est une opportunité unique.

      Difficile à obtenir, aisément détruit, il est semblable à l’éclair dans le ciel.

      Lorsqu’on pense à cela, on comprend que toutes les activités de ce monde

      Sont semblables au vannage de la bâle du grain décortiqué.

      Il devient alors vital de saisir jour et nuit ce qui est essentiel.

      Il y a également cette strophe du Noble Candrakirti :

      Alors que nous jouissons de liberté et d’une situation favorable

      Si nous ne nous prenons pas en charge,

      Lorsque par la suite nous tomberons dans les abysses et que nous serons sous le joug d’autrui,

      Comment pourrons-nous nous en sortir ?

      Ce sont là des textes extrêmement profonds. Les grands maîtres Kadampas s’appuyaient sur ces réflexions pour leur méditation. Que pourrait-il y avoir d’autre ? Le répéter, l’entendre un grand nombre de fois ne sert à rien, si on n’a pas soi-même passé du temps à réfléchir, à méditer dessus pour s’en imprégner.

      On méditera ainsi et on pensera qu’aujourd’hui on dispose d’une renaissance particulièrement précieuse. Depuis des temps sans commencement, nous n’avons expérimenté que la souffrance à l’intérieur des trois domaines du cycle des existences, et nous avons passé notre temps à accumuler des causes de nouvelles souffrances. Puisqu’une renaissance telle que celle dont nous disposons aujourd’hui est difficile à obtenir, nous n’en avons pas obtenue très souvent et nous n’avons pas eu la liberté de pratiquer. Telle est notre situation depuis des temps sans commencement, nous avons été accablés par une infinité de souffrances sans limite.

      Nous sommes brûlés par les souffrances du samsara : semblable à une galette que l’on fait frire dans l’huile, nous sommes brûlés jusqu’au fond de notre chair, jusqu’au fond de nos os. Depuis des temps sans commencement, les klesas et notamment les trois poisons, nous brûlent jusqu’au tréfonds de nous-mêmes. Mais on dirait que nous sommes insensibles à ces brûlures, que nous n’avons pas conscience de la souffrance. Parmi les trois formes de souffrances, nous connaissons bien la première, la souffrance de la souffrance. Mais les deux autres formes, la souffrance du changement et la souffrance qui est immanente à ce qui est composé, sont bien présentes et infinies.

      Or nous concevons la souffrance du changement comme du bonheur et de ce fait nous sommes sans cesse à sa recherche. Du réveil au coucher, toute la journée nous sommes obnubilés par la recherche de ce que nous pensons être du bonheur mais qui en fait n’est qu’une forme de souffrance, celle du changement. Sans répit nous agissons dans ce but et accumulons des karmas, c’est-à-dire uniquement des causes dont les résultats seront une série sans fin de renaissances à l’intérieur du samsara et donc une confrontation sans fin avec la souffrance. On dit qu’on alimente ainsi, comme une noria, le processus par lequel on reprend sans cesse naissance dans le samsara.

      Pourtant, aujourd’hui, nous disposons d’un support particulièrement fortuné. Comme il est dit :  » le support excellent et disponible dont je dispose pour une fois ». Le « pour une fois » indique bien l’extrême difficulté qu’il y a à obtenir une telle renaissance. Imaginons une tortue aveugle qui vit au fond d’un vaste océan et qui ne remonte à la surface que tous les cent ans. À la surface de l’eau flotte un joug recouvert d’or avec un trou au milieu. Cet objet symbolise l’Enseignement du Buddha. L’océan est immense, et le joug en or est balloté par les vagues, il ne reste pas statique à un même endroit. Le fait qu’en remontant à la surface de l’eau, une fois tous les cent ans, la tortue aveugle puisse réussir à passer la tête dans le trou de cet objet précieux est pratiquement impossible. Dans l’absolu c’est une possibilité, mais les chances qu’elle se produise sont extrêmement minces. Cet exemple illustre la difficulté et de ce fait la rareté qu’il y a pour nous d’obtenir une renaissance humaine disponible et qualifiée. C’est la raison pour laquelle on dit « pour une fois que « . Nous n’avons eu que peu d’occasions de jouir d’un tel support.

      C’est pourquoi aujourd’hui, puisque nous avons obtenu une telle renaissance, il faut en tirer parti et s’exhorter soi-même à se diriger vers le Dharma. Il faut mettre le mors du Dharma qui nous permettra de diriger notre esprit qui est sous l’emprise et l’illusion des agitations mentales. Si on ne prend pas ce mors en notre bouche, on va continuer à errer comme on le fait depuis des temps sans commencement. Ce mors c’est l’éthique de Pratimoksa. C’est la pratique du Vinaya, la pratique des règles de discipline.

      Il vaut mettre en œuvre la mémoire et la vigilance. Il faut veiller à les garder sans cesse présentes à l’esprit. Il ne faut pas laisser l’esprit de disperser, se distraire. Passer ainsi sa vie dans la distraction sans aucun contrôle de l’esprit n’est pas bon. On prend un livre, on étudie, mais à peine l’a-t-on refermé que la distraction s’est emparée de nous avant même que nous ayons remis le livre en place. Comme il est dit dans le Fondement de toutes les qualités :

      « Grâce à la mémoire et à la vigilance couplés avec une grande discipline, puissé-je faire de Pratimoksa (les vœux de libération individuelle) qui est la racine de l’Enseignement, l’essence de ma pratique. »

      L’éthique est la base mais comment pourrait-on établir cette base sans la mémoire et la vigilance ! Où est notre discipline intérieure ? Prendre les vœux de Pratimoksa n’est pas suffisant. Il faut les respecter. Sinon la base est là mais elle n’est pas mise en pratique. Pour cela il faut développer la mémoire, l’attention, la vigilance. Il faut y réfléchir. Il ne s’agit pas de faire de belles paroles mais de réfléchir soi-même ! Je ne suis pas d’une grande éloquence. Certains savent faire de belles phrases. Mais ce qui est important c’est de réfléchir par soi-même.

      Le matin, on se lève. Nous sommes des moines ordonnés. Nous sommes nés dans un environnement bouddhiste, nos parents étaient bouddhistes. Cela nous a orienté vers la Voie bouddhiste. Grâce aux mérites accumulés auparavant nous avons ainsi pu reprendre naissance dans une famille bouddhiste. Ce n’est pas quelque chose de facile que des parents bouddhistes puissent donner naissance à un fils et que celui-ci entre dans la vie religieuse. Cela implique d’avoir établi des connections karmiques avec le Dharma. Le fait que ce fils devienne un moine ordonné, qu’il s’applique à mettre en pratique des enseignements, qu’il développe une grande foi, tout cela dépend de potentialités karmiques déposées dans les vies antérieures.

      Il y a donc la pratique du Dharma. C’est ce à quoi s’appliquent les Bouddhistes, et cela est d’autant plus vrai pour un moine ordonné. C’est l’essence de sa vie du matin au réveil et pendant toute la journée. En apparence, de par les actes accomplis, il y a pratique du Dharma, mais si l’esprit n’est pas imprégné, s’il n’est pas focalisé, c’est juste une apparence. En réalité l’esprit est distrait, dispersé par la vie présente. Ce n’est pas une véritable pratique du Dharma. C’est pourquoi la première chose à faire c’est de lutter contre cette dispersion, c’est d’éliminer cette distraction suscitée par la vie présente.

      Cette distraction suscitée par la vie, où trouve-t-elle sa cause ? Dans l’absence de prise de conscience du caractère extrêmement précieux de cette renaissance humaine disponible et qualifiée. On peut citer l’exemple qui est fréquemment mentionné pour illustrer cela.

      Imaginons une personne extrêmement pauvre. Elle est complètement dans l’indigence mais possède un bol constitué d’or et de gemmes précieuses. Le bol est orné de perles, de diamants mais ces richesses n’apparaissent pas de façon évidente. On peut imaginer qu’elles sont cachées par de la saleté, de la peinture ou un vernis. La personne utilise uniquement ce bol pour mendier la nourriture. Elle va sur les routes, espérant obtenir quelques restes à manger. Elle n’obtient pas grand-chose. C’est souvent bien insuffisant pour calmer sa faim. D’où vient le problème ? C’est qu’elle n’a pas réalisé qu’elle avait entre les mains un objet d’une si grande valeur. Elle n’en a pas pris conscience et l’utilise de façon ignorante. Comment pourrait-elle se libérer des souffrances de la pauvreté ! De la même façon, nous n’avons pas réalisé que nous jouissions d’une renaissance de grande valeur. Nous n’en avons pas vraiment pris conscience.

      Avez-vous compris ? Et la connaissance est-elle suffisante ? Non ! Simplement savoir n’apporte pas de bénéfice. Il faut mettre en pratique. Pratiquer veut dire appliquer à son propre esprit. Mais vous ne pratiquez pas si vous ne développez pas la mémoire et la vigilance ! Comment pouvez-vous dire que vous pratiquez !

      Si on reste sous l’emprise de la vie présente, cela signifie qu’on n’a pas pris conscience de la valeur de cette renaissance humaine disponible et qualifié au potentiel considérable ! Quand la personne indigente réalise qu’elle a entre les mains un objet précieux d’une valeur inestimable, que va-t-elle faire ? Elle décidera d’en tirer parti et ira à la ville pour essayer de vendre l’un des diamants qui ornait le bol. Elle ne l’utilisera plus n’importe comment. Elle ne gaspillera pas cette opportunité et si elle le fait, elle en sera catastrophée.

      De même, lorsque nous prenons vraiment conscience de la valeur de cette existence, on ne peut qu’avoir le désir d’en tirer parti et tout faire pour ne pas la gaspiller. Si on a vraiment réalisé la valeur de ce support, on sera aux aguets et on ne gaspillera pas cette renaissance même une seule heure, même une seule minute. Dès qu’on s’apercevra qu’on est en train de ne pas tirer parti de ce support, qu’on en fait rien, on sera gagné d’un sentiment d’inquiétude, de malaise à gaspiller ainsi une telle opportunité. Il faudrait que nous arrivions à nous comporter ainsi.

      Troisième jour

      2021-02-25

      Quatrième jour

      2021-02-26

       

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